Chers amis,
Un petit mot avant le grand départ demain pour le Congo !
 Merci à vous tou(te)s pour vos encouragements, vos pensées positives, vos prières... Merci aussi pour votre contribution à l'action des associés de Kolwezi : l'amélioration du sort des prisonniers. J'emmène une coquette somme d'argent à leur remettre, de la part des soeurs, des associés belges et d'un groupe d'ingénieurs de Louvain-la-Neuve (par l'intermédiaire de professeurs de Sainte-Sophie à Luxembourg). J'emmène aussi un microscope donné par l'INDJ, des livres, des vidéos et d'autres choses.
J'espère vous donner des nouvelles par mail. Je demanderai à Soeur Edith de bien vouloir vous transmettre les messages que j'arriverai à lui envoyer.
Une amie congolaise rencontrée ce matin m'a prédit que l'année prochaine à la même époque je voudrai retourner au Congo... se Deus quiser (comme disent les Brésiliens). En attendant, je serai heureuse de vous revoir, de vous raconter des anecdotes et de vous montrer des photos.
Bonnes vacances à ceux et celles qui peuvent en prendre et, déjà, heureuse fête de Pâques.
Je vous embrasse tou(te)s très amicalement.
Cécile
Etre associés au développement du Congo ?
Du 2 au 15 avril 2006, j'ai eu la chance d'être accueillie à Lubumbashi et à Kolwezi par les sœurs de la Congrégation , les associés, les professeurs des écoles et une multitude d'amis des sœurs. Expérience émouvante, interpellante, enrichissante, cela va sans dire.
Le Congo vit une période d'espérance. Les élections se préparent tant bien que mal. Une précieuse aide internationale lui est enfin octroyée. La MONUC veille.
 Et pourtant ! Au fur et à mesure de mon séjour, ma petite sœur « espérance » s'amenuisait… Parce que la crise que connaît le Congo est profonde. Je ne m'étendrai pas sur ses composantes. Une belle lettre des prêtres de Kolwezi les évoque.
Quelques caractéristiques que j'ai pu observer moi-même :
l'enseignement est très rudimentaire : à l'heure où nous reconnaissons qu'il doit viser le développement de compétences (de savoir-faire), il est là-bas purement transmissif ; bien sûr, les conditions matérielles des enseignants et des écoles sont catastrophiques, mais cela n'explique pas tout ; le concept d'autorité, au sens traditionnel, est très prégnant : il ne favorise le développement de l'autonomie ni des enseignants ni des élèves ;

çà et là apparaissent des projets de développement (initiés bien souvent par des allochtones) mais ces projets s'essoufflent vite : le champ acheté par les profs n'a pas été cultivé cette année ; la bibliothèque de rue ne fonctionne plus ; aucun film n'a été projeté en 2005-2006 malgré la 2 e vidéo achetée…
l'aide internationale est attendue à bras ouverts… mais y a-t-il vraiment une étude de rentabilité des équipements demandés et une réflexion sur leur gestion ?
deux exemples :
un magnifique laboratoire de sciences a été installé à Notre-Dame des Lumières en 2003 avec l'aide d'une fondation luxembourgeoise mais il est toujours inutilisé (on attend encore les éviers ; par ailleurs, je ne suis pas sûre que les professeurs aient les capacités de l'exploiter)
les enseignants voudraient acheter un tracteur de 55.000 dollars pour leur champ de 12 ha à 30 km de Kolwezi (trajet nécessaire : au moins une heure et demie vu l'état des routes) ; ils espèrent en augmenter la rentabilité en le louant ; mais… où va-t-on trouver les pièces de rechange s'il tombe en panne ? comment les enseignants vont-ils s'organiser pour cultiver le champ alors que cette année ils n'ont pu l'ensemencer à cause des grèves du début d'année ?
enfin, l'aide que nous leur apportons n'est parfois pas adaptée : nos « rebuts » (vieux livres, par exemple) ne sont pas bons pour eux non plus…
Ceci dit, il y a des ressources dans le milieu de la CND :
la jeunesse, l'enthousiasme des sœurs : on ne peut que regretter que ces qualités ne soient pas toujours au service d'un projet collectif (plusieurs sœurs font des études mais en vue de quel projet ?)
le relativement bon niveau intellectuel des sœurs (par rapport aux autres enseignants)
la bonne formation des postulantes assurée par une équipe mixte, une sœur française et une sœur congolaise qui essaient de développer leur autonomie
la solidarité naturelle : les Associés, par exemple, s'entraident et se soutiennent tout en aidant plus malheureux qu'eux (les prisonniers) ; des enseignants créent une mutuelle de santé

la présence épisodique d'allochtones qui lancent des projets, encouragent les initiatives, manifestent une solidarité internationale qui réconforte les cœurs : une sœur brésilienne a appris à tresser de jolis paniers avec des feuilles de maïs, une sœur française a créé une chorale de rue, des enseignants luxembourgeois ont offert une aide financière et continuent à écouler chez nous les nappes brodées par des handicapées, Sœur Véronique a essayé de développer une « culture de la gestion de projet », une Française qui a séjourné plusieurs mois à Kolwezi a laissé des traces (conduite de réunion, définition d'objectifs…) ; moi-même, très modestement, j'ai essayé de faire découvrir par les enseignants la relation qu'il y a entre les finalités poursuivies et les méthodes d'apprentissage, de manière à faire évoluer leurs pratiques (mais au Congo comme en Belgique la résistance au changement est forte !) ; j'ai essayé aussi de développer leur créativité ; tous sont extraordinairement accueillants et reconnaissants mais je ne suis pas dupe de l'efficacité à long terme
la générosité avec laquelle les gens de chez nous répondent en général aux appels de là-bas : j'ai amené sur place environ 1300 euros offerts par un groupe d'ingénieurs de Louvain-la-Neuve, des Associés belges, des sœurs et des amis de la Congrégation. Qu 'ils en soient remerciés ! Cet argent va être utilisé en plusieurs phases :
une première tranche de 700 euros environ est destinée à l'aide aux prisonniers : achat de médicaments, achat de nourriture (une fois par semaine, des sœurs vont porter de la nourriture ; les Associés le font périodiquement mais ils sont eux-mêmes démunis), achat de jeux de société ou de livres, avocats pour des prisonniers sans ressources…
le reste sera utilisé plus tard en fonction des besoins
Alors, que faire ?
Continuer à aider envers et contre tout. Communiquer avec les gens (si, par bonheur, Internet fonctionne !). Prier aussi (pour que le processus électoral arrive à son terme).
Concrètement, je pense qu'il faut encourager les petits projets rentables :
envoyer quelques vidéos pour relancer le projet des enseignants
envoyer quelques bons romans contemporains en Livre de Poche (quand on leur parle de littérature française, les élèves citent Boileau !) de manière à constituer une petite bibliothèque pour les élèves de terminale
envoyer des cassettes d'anglais avec une méthode « up to date »
voir si on peut écouler chez nous les petits paniers tressés et les nappes brodées.
Il faut aussi communiquer avec les sœurs du Congo pour voir quel suivi est donné aux formations ; par exemple, vont-elles contacter le coopérant belge qui se propose d'imprimer des livres et de les diffuser ?
Un autre axe de travail intéressant est la formation des jeunes sœurs, pour qu'elles soient le « levain dans la pâte ». Une dizaine de sœurs vont venir en Europe en juillet 2006: peut-être pourrions-nous, en tant qu'Associés, les accueillir et, puisque nous sommes presque tous liés au monde de l'école, réfléchir avec elles à l'enseignement et à la conduite de projets.
Enfin, retourner là-bas pour un séjour plus long ? Encourager d'autres à y aller ? Tous et toutes sont demandeurs et, en quelque sorte, je ressens l'obligation morale de ne pas les décevoir (sinon mon séjour n'est qu'un coup dans l'eau). Mais pour quel projet à long terme ? Et pour quelle efficacité ? Ce n'est que collectivement, avec la Vicairie du Congo et les sœurs de la CND , que nous pourrons élaborer des objectifs précis. Tout le travail reste à faire !
Cécile Jacquerye, Associée CND, 2 mai 2006
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